October 22, 2026

Commerce extérieur: L’équipement pèse plus lourd que l’énergie

L’Economiste

Le déficit commercial atteint 159,1 milliards de dirhams à fin mai, en aggravation de 20,8% sur un an
Automobile, tourisme, transferts des MRE et investissements étrangers poursuivent leur progression

Les importations augmentent plus rapidement que les exportations. Cela s’est traduit par le creusement du déficit de 20,8%

Le commerce extérieur envoie deux signaux contraires. À fin mai, le déficit des échanges de marchandises s’établit à 159,1 milliards de dirhams en aggravation de 20,8% sur un an, un niveau historiquement élevé pour les cinq premiers mois de l’année. Le taux de couverture cède plus de trois points, à 57,1%. Les chiffres publiés par l’Office des changes déjouent pourtant l’explication la plus courante: la première contribution à ce creusement ne vient pas de l’énergie, mais des biens d’équipement.

Les recettes en devises bien orientées
Au-delà des marchandises, les recettes en devises restent bien orientées. Les recettes voyages atteignent 53,8 milliards de dirhams (+14,6%) et le solde de la balance voyages s’améliore de 19,4%, à près de 40 milliards. L’excédent des services dans son ensemble gagne 11,1%, à 64,3 milliards de dirhams. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger franchissent pour la première fois le seuil des 50 milliards de dirhams sur les cinq premiers mois d’une année, en hausse de 8,8%. Quant aux investissements directs étrangers, leur flux net bondit de 41,8%, à 23,3 milliards de dirhams, les recettes progressant de 20% à 29,8 milliards quand les dépenses reculent de 22,5%.
À fin mai, le déficit des échanges de biens et services ressort à 74,7 milliards de dirhams, avec un taux de couverture de 80,9% contre 83,6% un an plus tôt. L’excédent des services absorbe ainsi plus de la moitié du déficit des marchandises. Les chiffres des cinq premiers mois suggèrent en définitive que la dégradation des comptes extérieurs tient d’abord à l’effort d’investissement et aux besoins industriels, davantage qu’à la seule facture énergétique.

Les importations progressent de 11,8%, soit 39 milliards de dirhams supplémentaires en un an. Plus du tiers de cette hausse provient des seuls produits finis d’équipement, dont la facture s’alourdit de 14,2 milliards. Les acquisitions d’avions et d’autres véhicules aériens y contribuent pour 3,7 milliards, les pièces aéronautiques pour 2,2 milliards et les véhicules utilitaires pour 2,1 milliards. Ces achats d’appareils gonflent ponctuellement le poste. Même en les neutralisant, l’équipement resterait néanmoins le premier contributeur à la hausse des importations. La facture énergétique vient en deuxième position, avec 9,5 milliards de dirhams supplémentaires (+20,7%), sous l’effet des achats de gasoil et de fuel. Suivent les produits de consommation (+8,7 milliards) et les produits bruts (+7,2 milliards). Sur ce dernier poste, le soufre brut, intrant stratégique de l’industrie phosphatière, s’adjuge à lui seul 7,5 milliards de hausse. Ce qui représente davantage que la progression de l’ensemble de la catégorie. Un seul groupe recule: les produits alimentaires (-2,4%), tirés vers le bas par le sucre et les dattes.

Les exportations augmentent moins vite
En face, les exportations avancent moins vite. Elles atteignent 211,4 milliards de dirhams, en hausse de 5,8%. L’automobile en demeure la locomotive. Avec 77,1 milliards de dirhams de ventes (+15,9%), le secteur représente plus du tiers des exportations de marchandises. Le segment de la construction progresse de 27,1%, le câblage de 12,2%. L’aéronautique suit la même tendance: 13,9 milliards de dirhams (+14,2%), l’assemblage gagnant près de 20%. Une précaution de lecture s’impose toutefois sur ces deux secteurs: l’Office des changes indique avoir actualisé ses données sectorielles à la suite de la révision, par le ministère de l’Industrie et du Commerce, des listes d’opérateurs rattachés à l’automobile et à l’aéronautique. La plus forte progression relative revient aux autres industries extractives dont les ventes bondissent de 95,4% à la faveur des exportations de minerai de cuivre. Le tableau se nuance ailleurs. Les exportations agricoles et agroalimentaires gagnent 3,4%, à plus de 46 milliards de dirhams grâce à l’industrie alimentaire. Le textile et le cuir cèdent en revanche 9,1% et les phosphates et dérivés 11,2%, sous l’effet du repli des ventes d’engrais naturels et chimiques.