L’Italie dépêche quinze entreprises à Casablanca du 5 au 8 octobre pour sonder le potentiel des marchés ferroviaires marocains

EconomieMehdi Marroun

L’Italie prépare une offensive commerciale collective sur le vaste chantier ferroviaire marocain. L’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE), le ministère italien des affaires étrangères et de la coopération internationale (MAECI) et l’ambassade d’Italie au Maroc conduiront, du 5 au 8 octobre à Casablanca, une mission réservée à environ quinze entreprises. La Fédération nationale des entreprises électrotechniques et électroniques (ANIE), l’Association des organisations italiennes d’ingénierie, d’architecture et de conseil technico-économique (OICE), l’Association nationale des constructeurs du bâtiment (ANCE) et Confindustria Assafrica & Mediterraneo prêteront leur concours à cette démarche, enregistrée sous le protocole 0081008 du 1ᵉʳ juillet.
Le dossier de l’ICE promet de «présenter les réelles occasions d’affaires qu’offre le pays et de rapprocher la délégation italienne des contreparties institutionnelles et privées marocaines». Les candidatures restent ouvertes jusqu’au 15 juillet.
Matériel roulant, signalisation, électrification et engins de voie
Rome recherche des constructeurs de trains, de locomotives, de métros et de tramways, mais aussi des fabricants de composants. La sélection couvre la signalisation, les télécommunications qui commandent et sécurisent la circulation, l’alimentation électrique, la traction, les engins de chantier ferroviaire, leur révision et le matériel destiné à l’entretien des voies. Confindustria Bergamo répartit ce champ entre quatre familles industrielles : matériel roulant ; signalisation et télécommunications ; électrification ; engins de voie.
L’ICE prévoit, avant le départ, une réunion préparatoire à distance. Le 6 octobre, une séance institutionnelle et technique réunira les autorités marocaines, les organismes professionnels, les sociétés locales, les banques internationales présentes dans le royaume, les donneurs d’ordre marocains ou multilatéraux et la presse spécialisée. Chaque entreprise italienne disposera ensuite d’un espace propre pour ses entretiens bilatéraux. L’agence recueillera les marques d’intérêt exprimées au cours de la séance afin d’ordonner les rendez-vous.
Le 7 octobre, la délégation visitera des chantiers, des établissements ferroviaires ou un donneur d’ordre majeur. Ces visites doivent éclairer les projets en cours, les procédures d’achat public et les conditions des appels d’offres. Le document recherche «le meilleur accord possible entre les compétences et les solutions proposées par les entreprises et les besoins du marché de référence». Les dossiers incomplets, tardifs ou déposés par des sociétés débitrices envers l’ICE seront écartés. Les candidats devront transmettre une fiche signée, le règlement de l’agence accepté par leur représentant légal et une déclaration qui certifie la conformité des produits ou services aux règles du «fabriqué en Italie».
Un programme de 96 milliards de dirhams déjà partagé entre trois puissances industrielles
L’offensive italienne répond à l’ampleur du programme marocain. Le royaume a lancé un ensemble ferroviaire évalué à 96 milliards de dirhams, soit près de 10,3 milliards de dollars. Sa pièce maîtresse reliera Kénitra à Marrakech sur 430 kilomètres, via Rabat, Casablanca et l’aéroport Mohammed-V. La ligne, conçue pour 350 kilomètres à l’heure et annoncée pour 2030, doit réduire de deux heures le trajet entre Tanger et Marrakech. L’ICE retient aussi une perspective plus vaste : plus de 1 300 kilomètres de lignes à grande vitesse, 3 800 kilomètres de lignes classiques et 43 villes desservies, contre 23 aujourd’hui.
Le marché du matériel roulant a déjà consacré trois rivaux de l’Italie. Alstom fournira 18 rames à très grande vitesse Avelia Horizon pour 781 millions d’euros. L’espagnol CAF a obtenu 30 trains intercités aptes à 200 kilomètres à l’heure, pour près de 600 millions d’euros, avec une option sur dix unités supplémentaires. Hyundai Rotem a remporté 110 rames électriques à deux niveaux dont la vitesse atteint 160 kilomètres à l’heure, pour environ 1,47 milliard d’euros. Ces commandes appartiennent à un achat global de 168 trains, chiffré à 29 milliards de dirhams.
Cette répartition explique le choix italien de ne pas limiter la mission aux rames complètes. Les créneaux de la signalisation, de l’électrification, des équipements de sécurité, de l’entretien, des pièces, de l’ingénierie et des travaux offrent encore de nombreux marchés. Le programme marocain comprend aussi les réseaux express régionaux (RER), les tramways, la refonte ferroviaire de Casablanca et les liaisons directes vers les zones industrielles et portuaires, parmi lesquelles Tanger Med. L’ICE présente le royaume comme «un marché ferroviaire de premier rang, porté par l’extension de la grande vitesse jusqu’à Marrakech et le renouvellement complet du réseau de Casablanca».
L’industrie italienne ne part pas d’une page blanche. FS Engineering et Italcertifer ont reçu de l’Office national des chemins de fer (ONCF) la conception, la fourniture, la pose et la mise en service du système de sécurité et de signalisation entre Casablanca et Tanger Med. Le marché couvre 370 kilomètres, répartis entre Casablanca-Kénitra et Sidi Yahya-Ras R’Mel, avec une vitesse maximale de 220 kilomètres à l’heure et le système européen de gestion du trafic ferroviaire (ERTMS) de niveau 1. Italferr avait aussi conçu la gare à grande vitesse de Casablanca, ouvrage-pont de 14 000 mètres carrés placé à 19 mètres au-dessus des voies.
La mission d’octobre cherchera à convertir cette antériorité technique en nouvelles commandes. Le 6 octobre ouvrira les portes des maîtres d’ouvrage, des banques et des entreprises locales ; le 7 octobre conduira les industriels italiens au contact des chantiers et des règles d’adjudication. Derrière la formule officielle de «partenaire technologique et industriel de référence», Rome entend reprendre place dans un marché où Paris, Madrid et Séoul ont déjà emporté les lots les plus visibles.
