October 20, 2026

Discours du Trône : le double message du Roi au secteur financier

Hespress Français – Actualités du Maroc

Discours du Trône : le double message du Roi au secteur financier

Hicham Oukerzaz

En appelant le secteur financier à mieux accompagner les PME, l’innovation, l’industrialisation et les exportations, tout en mobilisant davantage l’épargne nationale, le Roi Mohammed VI fixe une feuille de route articulée autour de deux priorités complémentaires. Derrière ces orientations se dessine une stratégie destinée à financer une nouvelle phase de transformation économique reposant avant tout sur les ressources domestiques.

Le passage consacré au secteur financier constitue l’un des axes majeurs du discours du Trône. Face à des besoins de financement qualifiés d’« envergure inédite », le Roi Mohammed VI appelle à une mobilisation accrue des ressources nationales et invite les acteurs financiers à accompagner plus efficacement l’investissement productif.

Dans une analyse accordée à Hespress Fr, Azeddine Hannoun, professeur de droit public à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Ibn Tofail, estime que ce passage « s’articule en réalité autour de deux demandes distinctes adressées au secteur financier, qu’il convient de bien distinguer ».

Faciliter le financement des PME et de l’investissement productif

La première demande royale porte sur « l’élargissement du financement bancaire et non bancaire aux PME, à l’innovation, à l’industrialisation et à l’exportation », explique l’universitaire.

Pour étayer cette lecture, il rappelle que les PME et TPE représentent entre 94 % et 95 % du tissu entrepreneurial marocain, soit près de 600.000 entreprises selon le Haut-Commissariat au Plan. Pourtant, elles ne captent qu’environ 30 % de l’encours total du crédit bancaire.

Le professeur souligne également qu’une enquête menée en mai 2025 par la Banque européenne d’investissement et l’Union européenne montre que près de la moitié des PME marocaines restent en dehors du système bancaire formel. « Ce déséquilibre corrobore directement la thèse sur la domination persistante de l’investissement public », observe-t-il, rappelant que le Pacte d’investissement 2022-2026 fixe pour objectif de porter la part de l’investissement privé aux deux tiers de l’investissement total d’ici à 2035, preuve que ce rééquilibrage reste encore à réaliser.

Selon Azeddine Hannoun, le discours royal « prolonge et amplifie une dynamique déjà enclenchée plutôt qu’il n’ouvre un chantier entièrement nouveau ». L’universitaire cite notamment la Charte relative au financement des TPE signée en décembre 2025 à Rabat, le mécanisme de refinancement préférentiel instauré par Bank Al-Maghrib dès mars 2025 ainsi que le futur système national de scoring de crédit attendu courant 2026 pour réduire l’asymétrie d’information qui pénalise les petites entreprises dans l’accès au financement.

M. Hannoun relève d’ailleurs que les derniers chiffres témoignent d’une accélération du crédit aux entreprises. Néanmoins, cette progression demeure, selon lui, « encore trop concentrée sur les grandes entreprises et le secteur public », ce qui confirme la faible contribution du secteur privé à la croissance.

Un appel à diversifier les sources de financement

Le second volet du discours royal est, selon le professeur, d’une nature différente. Il concerne « la mobilisation de l’épargne institutionnelle et la redynamisation des marchés financiers ».

Le Souverain vise ici moins le crédit bancaire traditionnel que la capacité des investisseurs institutionnels ( assurances, caisses de retraite et OPCVM ) à orienter une part plus importante de l’épargne nationale vers l’investissement productif et le marché boursier, plutôt que vers des placements jugés plus classiques, notamment la dette souveraine.

Pour Azeddine Hannoun, il s’agit d’un appel à développer les mécanismes de financement non bancaire ou désintermédié, en renforçant le rôle du marché des capitaux, du capital-investissement et du financement obligataire des entreprises.

L’universitaire replace enfin cette orientation dans le contexte économique décrit par le discours royal. En soulignant que « la dynamique de transformation économique et sociale exige la mobilisation de ressources financières d’une envergure inédite, dont l’essentiel doit provenir de financements domestiques », le Souverain acte le fait que les ambitions du Royaume dépassent désormais les seules capacités budgétaires de l’État.

Avec une croissance de 4,9 % en 2025, une industrialisation qui se poursuit et un secteur touristique ayant frôlé les 20 millions de visiteurs, le Maroc affiche des besoins de financement de plus en plus importants. « D’où la nécessité, assumée explicitement dans le discours, de faire porter davantage cet effort par l’épargne privée domestique plutôt que par la seule dépense publique ou l’endettement extérieur », conclut le professeur.