Le Maroc conforte sa place dans les échanges ibériques avec un rebond commercial et une troisième liaison de 700 MW attendue en 2028

Badr Tadlaoui

La prévision de croissance du Maroc s’est établie à 4,9 % pour 2026, jeudi 23 juillet, selon les perspectives entrepreneuriales publiées par le Forum pour la compétitivité, qui reprennent les projections d’avril du Fonds monétaire international (FMI). Le même document chiffre à 700 mégawatts (MW) la capacité d’un troisième câble électrique en préparation entre le royaume et l’Espagne, appelé à compléter les 1 400 MW déjà disponibles sous le détroit de Gibraltar.
Le tableau du FMI retrace une accélération de l’économie marocaine entre 2024 et 2025 avec une croissance passée de 3,8 % à 4,9 %. L’institution monétaire prévoit le maintien de ce rythme à 4,9 % en 2026, avant une modération à 4,5 % en 2027. Le produit intérieur brut marocain progresserait donc de 21,1 % sur l’ensemble de la période 2024-2027, sur la base d’un calcul cumulé à partir des variations annuelles retenues dans le rapport. Parmi les économies africaines recensées, le Maroc occupe la première place en 2026, devant (Algérie : 3,8 %) ; (Angola : 2,3 %) ; (Afrique du Sud : 2,1 %) ; (Mozambique : 0,5 %). Pour 2027, son avance demeure nette face à (Afrique du Sud : 3 %) ; (Algérie : 2,9 %) ; (Mozambique : 2,7 %) ; (Angola : 2,6 %).
La projection marocaine dépasse également celles des principaux partenaires européens du royaume. Le FMI prévoit en 2026 une croissance de (Espagne : 2,2 %) ; (Portugal : 1,8 %) ; (Allemagne : 0,7 %) ; (France : 0,7 %) ; (Italie : 0,5 %), contre 0,9 % pour l’ensemble de la zone euro. L’écart atteindrait quatre points avec la zone euro en 2026 et 3,3 points en 2027, année durant laquelle la croissance européenne remonterait à 1,2 %.
À l’échelle mondiale, le Maroc resterait derrière les rythmes projetés pour l’Inde (6,4 %), Taïwan (5,2 %) et la Chine (4,6 %) en 2026. Il devancerait toutefois les États-Unis (2,2 %), la Corée du Sud (2,2 %), le Brésil (2 %), la Suède (1,9 %), le Canada (1,4 %), le Mexique (1,2 %) et le Royaume-Uni (0,9 %), selon le comparatif international repris par le Forum.
Les exportations portugaises vers le Maroc passent de –26,6 % en octobre à 32,7 % en avril
Les exportations portugaises de biens à destination du Maroc ont connu un retournement marqué au printemps, d’après les données de l’Institut national de la statistique portugais (INE) reproduites dans le rapport. Après cinq mois de recul, leur variation annuelle est devenue positive en mars, avant une forte accélération en avril et une quasi-stagnation en mai.
La série mensuelle fait apparaître des baisses de (octobre : –26,6 %) ; (novembre : –25,4 %) ; (décembre : –3,2 %) ; (janvier : –12,2 %) ; (février : –0,7 %). Les ventes portugaises vers le marché marocain ont ensuite progressé de 19,4 % en mars et de 32,7 % en avril, avant de céder 0,3 % en mai.
Le rebond observé en mars et avril a dépassé celui de l’ensemble des exportations portugaises, dont la hausse annuelle s’est établie à 11 % en mars et à 15,4 % en avril, selon l’INE. En mai, la situation s’est inversée, avec une contraction de 0,3 % vers le Maroc contre une progression globale de 5,1 %.
Le marché marocain a également affiché en avril une hausse supérieure à celles enregistrées vers l’Espagne (11,1 %), l’Allemagne (12 %), la France (12,5 %), l’Italie (12 %), la Belgique (12,7 %) et la Pologne (18,8 %). Seuls les Pays-Bas, avec 26 %, sont restés proches du rythme marocain parmi les partenaires européens répertoriés, sans toutefois l’atteindre.
En mai, les écarts entre destinations se sont creusés. Les exportations portugaises ont progressé vers (Belgique : 56 %) ; (Allemagne : 16,6 %) ; (Pologne : 12,8 %) ; (Espagne : 2,3 %) ; (Pays-Bas : 1,3 %), mais elles ont diminué vers (États-Unis : –7 %) ; (France : –4,4 %) ; (Italie : –1,6 %) ; (Royaume-Uni : –0,9 %) ; (Maroc : –0,3 %).
Le Forum attribue la volatilité du commerce extérieur portugais à plusieurs facteurs, parmi lesquels la place importante des travaux sur commande et la forte hausse des prix de l’énergie, qui modifie la valeur des importations et des exportations de produits raffinés. Le rapport rappelle que les exportations portugaises de biens avaient reculé pendant cinq mois consécutifs jusqu’en février, avant de retrouver une progression au cours des trois mois suivants.
Le troisième câble Espagne–Maroc ajouterait 700 MW aux 1 400 MW en service à l’horizon 2027 ou 2028
La liaison électrique entre l’Espagne et le Maroc a été inaugurée en 1997 et constitue, selon l’étude énergétique publiée dans le document, «la première liaison électrique entre l’Europe et l’Afrique». Installée sous le détroit de Gibraltar, elle relie Tarifa, dans le sud de l’Espagne, à Fardioua, au Maroc, sur une distance d’environ 59 kilomètres.
L’infrastructure comprend deux circuits triphasés en courant alternatif (CA), exploités sous une tension de 400 kilovolts (kV), pour une capacité totale proche de 1 400 MW. Sa technologie synchrone permet au réseau marocain de fonctionner à la même fréquence que le réseau continental européen par l’intermédiaire de la péninsule Ibérique.
Cette synchronisation apporte au système marocain une stabilité supplémentaire et autorise des échanges d’électricité en temps réel, notamment lors de tensions sur l’offre ou de besoins ponctuels de soutien entre les deux rives, explique l’étude. Le Forum présente cette liaison comme «une occasion stratégique de coopération euro-méditerranéenne» dans les énergies solaire et éolienne.
Un troisième câble, doté de caractéristiques proches de celles des installations existantes, se trouve en phase préparatoire. Le projet convenu entre Rabat et Madrid ajouterait 700 MW, ce qui porterait la capacité électrique totale entre le Maroc et l’Espagne à environ 2 100 MW, soit une hausse de 50 % par rapport aux 1 400 MW actuels.
Le document assigne trois fonctions à cette extension : accroître la fiabilité des échanges, accompagner la progression de la production marocaine d’origine renouvelable et préparer les futures exportations d’électricité verte depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe. L’entrée en service est annoncée pour 2027 ou 2028, selon le rythme des travaux et des procédures d’autorisation.
L’étude replace ce projet dans l’architecture électrique de la péninsule Ibérique. Les réseaux portugais et espagnol disposent de dix points de connexion en courant alternatif, pour une capacité cumulée d’environ 3 400 MW. Cette configuration assure une synchronisation complète entre les deux systèmes nationaux et permet au Portugal d’exporter lors des périodes de forte production hydraulique ou éolienne, puis d’importer lorsque sa production baisse ou lorsque l’électricité espagnole devient moins chère.
Entre l’Espagne et la France, deux liaisons de 1 400 MW fonctionnent déjà, l’une en courant alternatif et l’autre en courant continu. Un câble sous-marin de 2 200 MW entre Bilbao et Bordeaux doit entrer en service en 2028, selon le calendrier repris par le Forum, ce qui porterait la capacité totale franco-espagnole à 5 200 MW. Le synchronisme direct avec le réseau continental resterait toutefois limité aux 1 400 MW de la liaison en courant alternatif.
Après avoir détaillé ces infrastructures, Luís Mira Amaral se déclare «très sceptique quant à l’intérêt et à la viabilité économique» d’une nouvelle liaison directe entre le Portugal et le Maroc. Son appréciation tient compte des connexions déjà disponibles entre le Portugal et l’Espagne, de l’extension annoncée entre l’Espagne et le Maroc et des nouvelles capacités attendues entre la péninsule Ibérique et la France.
Pedro Braz Teixeira, directeur du bureau d’études du Forum pour la compétitivité, a rédigé les chapitres consacrés aux perspectives économiques, au commerce extérieur et aux projections internationales. L’analyse des réseaux électriques porte la signature de Luís Mira Amaral, ingénieur électrotechnicien, économiste, président du conseil consultatif du Forum et coordonnateur de l’Observatoire de l’industrie, de l’innovation et de l’énergie de l’Association pour le développement économique et social.
