L’Union européenne multiplie les accords de libre-échange : quels pays sont concernés ?

La Rédaction de Toute l’Europe
Confrontée aux tensions commerciales provoquées par les menaces répétées de Donald Trump, l’Union européenne poursuit sa stratégie de diversification et accélère la négociation de certains textes clés.
Au total, l’Union européenne a signé une quarantaine d’accords de libre-échange avec plus de 70 pays et régions du monde
Objet de promesses économiques pour les uns, menace pour les autres, les accords commerciaux occupent plus que jamais le devant de la scène.
Malgré l’opposition de plusieurs pays membres, une partie du traité commercial entre l’UE et les pays du Mercosur s’applique provisoirement depuis le 1er mai. Si les accords de libre-échange sont loin de faire l’unanimité, la Commission compte poursuivre sa stratégie de « diversification » face à l’imprévisibilité américaine. Consciente du repli protectionniste des États-Unis, Bruxelles multiplie les alternatives et conclut plusieurs accords comme l’Accord de partenariat économique global (CEPA) avec l’Indonésie, dont les négociations ont abouti en 2025 mais qui doit encore être signé puis ratifié.
Au total, l’Union européenne a signé une quarantaine d’accords de libre-échange avec plus de 70 pays et régions du monde. Plusieurs négociations ont récemment abouti, comme avec l’Inde, l’Australie ou l’Indonésie, tandis que d’autres textes sont en cours d’adoption, de ratification ou toujours négociés. D’autres textes sont actuellement négociés par la Commission européenne et pourraient arriver à la table des Vingt-Sept avant la fin de l’année.
A New Delhi, l’Union européenne se cherche un nouvel allié
Pourquoi la Commission européenne négocie-t-elle au nom des États membres ?
En matière commerciale, l’UE est représentée par la Commission européenne auprès des États tiers et des organisations internationales, comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En ce qui concerne les accords de libre-échange, les pays membres de l’UE lui accordent un mandat pour négocier et conclure des accords avec des pays tiers ou des organisations régionales.
Le texte final doit ensuite être validé par les États membres au Conseil et, selon les cas, par le Parlement européen, voire par les parlements nationaux lorsqu’il s’agit d’un accord mixte.
Le commerce extérieur de l’Union européenne
L’Inde comme nouveau partenaire
Après deux décennies de négociations, l’Inde et l’Union européenne ont conclu les discussions sur un accord de libre-échange, mardi 27 janvier 2026 à New Delhi. Cette version prévoit une réduction drastique des droits de douane sur plus de 96 % des exportations de marchandises de l’UE.
Une fois mis en place, certains produits européens pourraient particulièrement en bénéficier. Les droits de douane indiens sur les véhicules « made in Europe » passeront de 110 % à 10 %, dans la limite d’un quota de 250 000 véhicules. Ceux sur les vins baisseront de 150 % à 20 % ou 30 % selon les catégories et ceux sur les pâtes ou le chocolat, actuellement à 50 %, seront supprimés. En revanche, certains produits agricoles sensibles comme la viande bovine, les produits laitiers, le sucre et le riz sont exclus de l’accord.
D’autres étapes sont encore nécessaires avant l’entrée en vigueur du traité. Celui-ci doit encore obtenir l’aval du Conseil de l’UE et du Parlement européen. Une procédure qui devrait s’étendre jusqu’à début 2027.
Contrairement à d’autres, l’accord commercial UE-Inde sera limité aux biens, aux services et aux règles commerciales. Les indications géographiques et la protection des investissements seront quant à elles régies de manière séparée, dans des accords distincts toujours en négociation.
Reprise des négociations avec l’Asie du sud-est
Les discussions autour de l’accord de commerce et d’investissement entre l’UE et la Malaisie ont été lancées en 2010 puis suspendues en 2012. En janvier 2025, l’Union européenne et la Malaisie ont officiellement annoncé la reprise des négociations en vue d’un accord de libre-échange. Depuis, quatre cycles de négociation ont eu lieu : en juin-juillet 2025, novembre 2025, février 2026 et juin 2026.
Les échanges commerciaux entre l’Europe et la Malaisie atteignent près de 49 milliards d’euros pour les biens en 2025. « En tant que troisième partenaire commercial de l’UE au sein de l’ASEAN, la Malaisie, qui en occupe actuellement la présidence, joue un rôle central dans l’orientation de ce groupe de pays. L’annonce faite aujourd’hui confirme l’engagement de l’Europe à renforcer ses liens avec la Malaisie et avec l’ASEAN dans son ensemble », déclarait la présidente de la Commission européenne en janvier 2025.
L’objectif est que les accords commerciaux bilatéraux conclus avec les différents pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) servent de base à un futur accord régional entre le marché sud-asiatique et l’UE. Des accords sont d’ores et déjà en vigueur avec le Vietnam et Singapour.
Comme la plupart des accords de « nouvelle génération » négociés par l’UE, le texte compte aller plus loin que la simple suppression de droits de douane : il contiendra des engagements en matière de droits des travailleurs et de protection de l’environnement.
L’accord avec les Philippines suit la même logique d’accords bilatéraux avec les pays de l’ASEAN. La Commission européenne précise sur son site que l’accord concerne de nombreux domaines : propriété intellectuelle, indications géographiques protégées, droits des travailleurs, environnement, énergie et matières premières.
Enfin, les négociations avec la Thaïlande, qui ont repris en 2023, se poursuivent après plusieurs cycles de discussions.
L’Australie et l’UE ont conclu les négociations
Huit ans après le lancement des négociations sur un accord de libre-échange en 2018, l’Union européenne et l’Australie les ont conclues le 24 mars 2026 à Canberra (Australie). Les négociateurs sont finalement parvenus à dépasser les principaux sujets de discorde, qui avaient fait capoter l’accord en 2023.
L’accord vise à supprimer la quasi-totalité des droits de douane sur les exportations européennes vers l’Australie. Les secteurs industriels européens les plus concernés sont notamment l’automobile et les pièces détachées, les machines, les produits chimiques, le textile, les plastiques, la plupart des produits sidérurgiques, l’agroalimentaire ainsi que le bois et l’ameublement.
L’accord va également au-delà du commerce de marchandises. Il comprend des chapitres sur les services et l’investissement, le commerce numérique, les marchés publics, les PME, l’énergie et les ressources, la propriété intellectuelle ou encore le règlement des différends.
Ce texte reste soumis à des vérifications juridiques et peut encore faire l’objet de modifications techniques. Comme le veut la procédure, il doit ensuite être signé, approuvé côté européen par le Conseil et le Parlement européen, puis validé par l’Australie avant d’entrer en vigueur.
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Renforcement du partenariat avec le Mexique
Mexico et l’UE entretiennent des relations économiques depuis de longues années. Le Mexique est le deuxième partenaire commercial de l’UE en Amérique latine. L’UE est le troisième partenaire commercial du Mexique et le deuxième marché d’exportation, après les États-Unis.
En mai 2026, les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Conseil européen, António Costa, en déplacement au Mexique, ont signé une version modernisée de leur accord de libre-échange en vigueur depuis 2000. Le Parlement européen a approuvé cet accord le 8 juillet, tout comme le Conseil le 14 juillet. L’accord intérimaire entrera en vigueur dans plusieurs mois, lorsque le Mexique aura achevé son processus de ratification interne. L’accord global modernisé (AGM) remplacera donc l’accord actuel une fois qu’il sera ratifié par le Mexique et l’ensemble des pays membres.
Dans l’attente de l’entrée en vigueur de l’accord global modernisé, un accord de commerce intérimaire (iTA) permettra d’appliquer les volets commerciaux de l’accord. Comme il relève de la compétence exclusive de l’UE, il ne nécessite pas de ratification par les États membres. L’iTA a lui aussi été approuvé par les eurodéputés, mercredi 8 juillet (474 pour, 131 contre et 60 abstentions). Il expirera et sera remplacé par l’AGM une fois que ce dernier entrera pleinement en vigueur.
Vers un nouvel accord avec les Émirats arabes unis
L’Union européenne avait entamé des négociations avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) en 1990, avant que celles-ci ne connaissent un coup d’arrêt en 2008.
En avril 2025, l’UE et les Émirats arabes unis ont convenu de reprendre les tractations sur un accord de libre-échange, dans le cadre d’un effort plus large de l’UE pour approfondir ses relations commerciales avec la région du Golfe. Les négociations, officiellement lancées le 28 mai 2025, portent principalement sur une réduction des droits de douane sur les marchandises, les services, le numérique et les investissements. Le premier cycle s’est tenu en juin-juillet 2025 et les discussions se sont poursuivies à un rythme soutenu : six cycles de négociation avaient été recensés par la Commission européenne jusqu’en avril 2026.
Bruxelles et Abou Dhabi veulent stimuler leur partenariat dans le domaine des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et des matières premières essentielles. La Commission y voit aussi un « fort potentiel » dans des secteurs de pointe comme les technologies numériques et l’intelligence artificielle, ainsi que la finance, les technologies spatiales ou encore la santé.
