Réinventer le rôle des banques africaines

Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre progressivement la voie à un marché intégré de plus de 1,4 milliard de consommateurs, une question centrale persiste : comment financer réellement la montée en puissance des industries africaines ?
Réinventer le rôle des banques africaines
Les banques africaines appelées à changer de paradigme ©agridigitale.tg
Afrique Financements
Publié le 21 mai 2026 Modifié le 21 mai 2026 Temps de lecture : 1 min(0)
Lors d’un panel consacré au financement de la transformation industrielle, Salua Karkri Belkeziz, vice-présidente de l’ASMEX, a mis en lumière trois barrières structurelles qui freinent encore l’essor industriel du continent.
Il y a le coût du capital, la contrainte du temps et la fragilité des PME. Trois obstacles qui, combinés, limitent la compétitivité des entreprises africaines dans un environnement mondial pourtant de plus en plus concurrentiel.
« Parlant du coût, comment nos industriels africains peuvent-ils rivaliser sur les marchés mondiaux quand ils empruntent à des taux à deux chiffres, là où leurs concurrents asiatiques ou européens se financent à des taux dérisoires. Le coût du capital en Afrique est une taxe sur la compétitivité de l’entreprise », note Salua Karkri Belkeziz, vice-présidente ASMEX.
La deuxième barrière, poursuit-elle, c’est celle du temps, car l’industrie, c’est le temps long. Construire une usine, recruter des ingénieurs, certifier des produits prend des années. Pourtant, les systèmes bancaires restent trop souvent cantonnés au financement commercial de court terme.
« L’Afrique a un besoin vital de capital patient », lance-t-elle.
La troisième barrière, c’est celle de la PME. Elles sont le poumon du continent, mais elles sont les orphelines du système. Elles sont trop grandes pour la microfinance ou trop risquées pour les banques classiques. Sans elles, il n’y a pas de chaîne de valeur intégrée.
Pour briser ces barrières, la réponse d’après elle, ne viendra pas d’une solution isolée, mais d’une approche structurée sur trois axes.
Primo. Il faut financer des écosystèmes, pas seulement des usines. Une usine de transformation agro-industrielle au Togo ou au Maroc ne peut réussir que si la logistique, l’énergie et l’emballage sont financés parallèlement. Donc il faut orienter les capitaux vers les chaînes de valeur régionales. C’est là que réside la véritable souveraineté économique de l’Afrique.
Secundo. Réinventer le rôle des banques. L’Afrique a besoin de mécanismes de garanties plus puissants, des fonds de capital investissement africains qui n’ont pas peur de l’industrie lourde et des zones économiques spéciales, financées comme des plateformes d’exportation intégrées.
Tertio. Le recours à la technologie. Le commerce numérique et les systèmes de paiement interconnectés ne sont pas que des gadgets, ce sont des vrais outils de réduction de risque, parce qu’ils fournissent de la data. Et la data permet aujourd’hui de mieux évaluer la solvabilité des PME et de fluidifier le trade transfrontalier.
