ZLECAf : le Maroc n’exploite encore qu’une partie de son potentiel africain malgré une montée en puissance de ses entreprises sur le continent
Entrée en vigueur en janvier 2021, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) constitue aujourd’hui le plus vaste marché intégré au monde avec 54 États signataires, plus de 1,4 milliard d’habitants et un PIB cumulé supérieur à 3 400 milliards de dollars. Son objectif est de stimuler le commerce intra-africain par la suppression progressive des barrières tarifaires, la facilitation des échanges et le développement de chaînes de valeur régionales.
Pour le Maroc, qui a fait de l’Afrique un pilier de sa stratégie économique depuis plus de vingt ans, la ZLECAf représente une opportunité majeure. Toutefois, cinq ans après son lancement opérationnel, le Royaume demeure davantage un grand investisseur qu’un grand exportateur vers le continent. En 2025, les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique ont atteint environ 9,5 milliards de dollars, une progression constante portée par les exportations d’engrais, de produits agroalimentaires, de matériaux de construction, de médicaments, de produits plastiques, d’équipements électriques, de véhicules et de composants automobiles. Malgré cette dynamique, l’Afrique ne représente encore qu’environ 7 % du commerce extérieur marocain, contre plus de 55 % pour l’Union européenne, révélant un potentiel de croissance encore considérable. Les principaux partenaires commerciaux restent le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Nigeria, le Ghana, le Mali, la Guinée, le Cameroun, le Gabon et l’Égypte, avec une forte concentration des échanges en Afrique de l’Ouest. Le Royaume conserve par ailleurs une balance commerciale largement excédentaire avec la plupart de ses partenaires subsahariens, les importations africaines demeurant limitées au cacao, au café, au coton, à certains minerais, au bois, à quelques produits agricoles et aux hydrocarbures de certains pays.
Le véritable atout du Maroc réside dans ses investissements directs en Afrique. Le Royaume figure parmi les premiers investisseurs africains sur le continent, notamment en Afrique de l’Ouest, grâce à l’expansion de grands groupes nationaux. Attijariwafa Bank, Bank of Africa et Banque Centrale Populaire disposent désormais d’un vaste réseau bancaire couvrant plusieurs dizaines de pays. OCP poursuit son développement à travers des investissements dans les engrais, les plateformes logistiques et les programmes agricoles, tandis que Maroc Telecom renforce sa présence dans plusieurs marchés subsahariens et Royal Air Maroc consolide la connectivité aérienne entre Casablanca et les principales capitales africaines. D’autres groupes comme Addoha, TGCC, Intelcia, Saham, Dislog et plusieurs industriels marocains poursuivent leur expansion dans le BTP, l’immobilier, la santé, les services, la distribution et l’industrie. Les entreprises marocaines sont aujourd’hui présentes dans plus de trente pays africains, faisant du Royaume l’un des principaux acteurs économiques du continent.
En revanche, les PME marocaines exploitent encore très peu les opportunités offertes par la ZLECAf. Les autorités estiment pourtant que le potentiel immédiat d’exportations supplémentaires vers les marchés africains avoisine 12 milliards de dirhams et qu’une soixantaine de projets d’investissement industriels pourraient bénéficier directement du nouveau cadre commercial. Plusieurs obstacles continuent néanmoins de freiner cette dynamique : une connaissance insuffisante des règles d’origine, la complexité des procédures douanières, les coûts élevés du transport, le manque d’information sur certains marchés, les difficultés d’accès au financement des PME exportatrices ainsi que l’insuffisance des chaînes de valeur industrielles régionales. Malgré ces contraintes, les perspectives restent très favorables pour des secteurs comme l’automobile, les batteries électriques, les équipements électroniques, les énergies renouvelables, les matériaux de construction, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire, la plasturgie, les engrais, les technologies numériques et les services financiers. Le développement des infrastructures africaines offre également des débouchés importants aux entreprises marocaines du BTP, de l’ingénierie, de l’eau, de l’énergie et de la logistique.
Casablanca Finance City renforce parallèlement son rôle de plateforme régionale en attirant plusieurs centaines d’entreprises internationales souhaitant piloter leurs activités africaines depuis le Maroc, confortant ainsi la position du Royaume comme hub reliant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour transformer pleinement le potentiel de la ZLECAf en croissance durable, le Maroc devra accélérer l’accompagnement des PME, simplifier les procédures commerciales, développer les infrastructures logistiques, renforcer les mécanismes de financement des exportations, améliorer l’intelligence économique sur les marchés africains et encourager les partenariats industriels continentaux. Grâce à sa base industrielle diversifiée, à ses infrastructures modernes, à la présence de ses grands groupes et à sa stabilité économique, le Royaume dispose de solides atouts pour devenir l’un des principaux bénéficiaires de la ZLECAf. Le véritable défi de la prochaine décennie sera de permettre à l’ensemble du tissu entrepreneurial marocain, et notamment aux PME, de tirer pleinement profit de ce marché continental afin d’accroître les exportations, les investissements et la création de valeur, tout en consolidant durablement le statut du Maroc comme hub industriel, financier et logistique de référence entre l’Europe et l’Afrique.

